12.11.2006
Dire la vague
Dire la vague qui roule, clapote, plonge avant le roc, éclate, s’envoie en l’air dans une gerbe d’écume et retombe, brisée, sur le quai, sur le sable, sur le pont, sur le front, sur l’algue, la vague qui exhale l’iode, le sel, la vague qui exalte, qui caresse, qui gifle, qui lèche l’arapède, qui chatouille le crabe, le pousse à passer son chemin sous la mer, à pincer les fesses écaillées des sirènes, la vague perpétuelle, la vague sans bagage, sans canne ni chapeau, qui vaque à ses occupations de vielle fille revêche avide de naufrage ou de jeune égérie des lagons aux colliers de coraux, la vague qui déferle, la vague kamikaze, qui charrie dans la vase le corps mort de l’extase, la vague qui abonde, la vague qui dégonde, la vague qui mâte, démâte, renâcle, la vague qui s’invite au cénacle des poètes au pied marin et à la main baladeuse, quand il faut naviguer à vue dans le ventre des murènes échouées dans les ports, la vague qui s’engouffre dans les brèches et joue à cache-cache avec le calfat qui calfate, le matelot qui écope et colmate, la vague catapulte, la vague catafalque, qui craque et décalque sa colère sur la coque des sans terre, la vague qui avale, la vague qui recrache, la vague qui digère mal vomit des marées noires où s’engluent mouettes et cormorans, la vague qui fouette les sangs, qui berce les enfants, qui monte et qui descend, au ciel vers l’abysse, la vague qui tague avec la rouille, la vague amie de la vadrouille, la vague qui jamais ne bredouille, la vague, l’onde, vagabonde.
alexandre carayon
21/09/06
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