25.08.2007

Paul Auster, le pontonnier cannibale

Etrange trilogie. Etrange écrivain.

Paul Auster nourrit son œuvre d’autres œuvres, tel un cannibale se nourrissant d’autres cannibales. Encore que. Paul Auster se nourrit autant de la substance vie, de la substantifique moelle des écrivains qu’il vénère, que des œuvres produites par ses pairs.

Ainsi Thoreau, Hawthorne, Whitman occupent-ils une place de choix dans l’assiette d’Auster.

Il y a d’ailleurs un repas dans le premier volet de la trilogie new-yorkaise, « Cité de verre », au cours duquel Paul Auster lui-même invite à dîner David Quinn, son alter ego. Ce dernier ressort lessivé, dévoré ?, de cet entretien. Envieux à tout le moins de la réussite d’Auster, jeune père d’un enfant adorable et époux d’une grande blonde sensuelle, tandis que lui-même a perdu femme et enfant dans un accident.

J’ai toujours aimé la vie pour ses coïncidences, contingences et autres correspondances.

Pour mes trente ans, il y a quatre mois, une de mes belles-sœurs m’a offert « Homo Pontifex », un magnifique exercice de style sur les ponts, en texte et image, de l’épistémologue Michel Serres. Or dans le deuxième volet « Revenants », Auster s’offre une digression sur le destin tragique des architectes du pont de Brooklyn, les Roebling père et fils.

Aujourd’hui, ma position sur l’origine de ces connexions a changé. Elles sont moins le fruit du hasard selon moi, que la résultante d’une tendance naturelle du cerveau humain à établir des connexions entre des faits et des actes dont il a ou a eu connaissance.

Bien sûr, la fréquence de ces connexions dépend intimement de la mémoire, de l’esprit de synthèse, de la volonté de l’individu qui les établit.

Ainsi, ayant désormais la quasi certitude de partir vivre en Chine au printemps prochain, mon attention, consciente ou inconsciente, se tourne vers ce pays, ses habitants, sa culture, son actualité.

Il se trouve que je commence à former deux ingénieurs chinois qui ne se doutent pas une seconde que nous nous retrouverons ensemble à Pékin en 2008. A moins qu’ils ne soient bien renseignés.

Et je souris à l’idée de commander à un infographiste local une version habilement retouchée d’une célèbre bande dessinée d’Hergé dont le héros serait mon fils et qui s’intitulerait «Titouan au Tibet».

Au pays de la copie conforme, cela ne devrait pas être impossible et ne manquerait pas de susciter la curiosité.

alexandre carayon

Nice, 25/08/07

20.05.2007

Salon de thé

C'est la photo de couverture de l'anthologie "Romans noirs" de J.-P. Manchette collection Quarto Gallimard. Il s'agit d'une reproduction d'un tableau de Gérard Fromanger, nommé Salon de thé.

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Inquiétantes silhouettes rouges qui rappelent celles dessinées dans les films policiers, à la craie blanche, par la police scientifique, sur les lieux du crime.

J'aime bien ce peintre dont je ne sais rien, sinon que certaines de ses oeuvres sont exposées à la Fondation Maeght, à St Paul de Vence. Elles méritent le détour.

12.11.2006

La société du spectacle

Après avoir assisté à l'Espace Magnan à Nice, à la projection-débat de medium_18393694.2.jpg

 Volem rien foutre al pais, le dernier opus du trio Pierre Carles/Christophe Coello/Stéphane Goxe,

je me suis replongé dans la lecture de La Société du Spectacle de Guy Debord.

En 1967, le philosophe dénonçait déjà "la domination de l'économie sur la vie sociale" responsable pour toute "réalisation humaine (d') une évidente dégradation de l'être en avoir" puis d'un "glissement généralisé de l'avoir au paraître. "

Lucide sur le fondement de la société de consommation, il affirmait notamment :

"Chaque nouveau mensonge de la publicité est aussi l'aveu de son mensonge précédent".

Pas étonnant qu'à la fin, las de se foutre du monde, des experts en marketing

n'hésitent pas à proférer que  telle lessive lave plus blanc que blanc.

Une chose est sure, ils nous lavent bien le cerveau.